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Les interviews

Rencontre avec Patrice Jouffroy autour de E.L.U, sa dernière création

Dans la cour de l’école Diwan, tout le monde s’active autour de l’installation du décor de « E.L.U ». Ce spectacle qui met en scène une grande kermesse politique et dépeint l’envers du décor de ses personnages, est joué par le Théâtre Group’ dans le cadre du FAR de Morlaix. Rencontre avec Patrice Jouffroy alias Jouf, figure emblématique du théâtre de rue.

Quel est ton métier ?

Patrice : Je suis comédien intermittent du spectacle depuis fin 1992 mais je ne fais pas que du jeu, je ne suis pas vraiment directeur artistique, je suis animateur de notre compagnie et je m’occupe d’un lieu qui s’appelle l’Amuserie et d’un lieu de résidence qui s’appelle la Vache qui Rue.

Peux-tu parler de ton parcours ?

J’ai commencé à faire le con à la kermesse dans mon bled, un village paumé qui s ‘appelle Périgny. Mon père et ma mère faisaient déjà des sketches à l’époque, et moi j’ai continué avec des copains. Après j’ai fait beaucoup de théâtre amateur au lycée, des stages aussi, et au foyer rural on a lancé notre première troupe qui s’appelait « Pour sûr » car on disait tout le temps chez nous « ben pour sûr ! ».

En 1980 on a créé notre association qui s’appelait « group’ » mais comme c’était trop réducteur, on a ajouté le mot « théâtre » donc « théâtre group’ », notre actuelle compagnie. On a fait notre première pièce qui s’appelait « pièces », après on a rajouté « détachées ». C’étaient des petites scénettes, on aimait bien les sketches à cette époque-là, et on a fait du théâtre sous toutes ses formes, du théâtre un peu déconnant, un peu canaille...Toujours autour de notre ville Lons-le-Saunier pendant dix ans.

Jusqu’en 92 on était amateurs, puis semi pro pendant un an, je jouais un peu partout en solo et à plusieurs. Fin 92, on a pu accéder au statut d’intermittent et l’on a lâché nos jobs respectifs. Moi j’étais agent d’assurances, mon père l’était et mon grand père aussi. J’ai toujours fait du théâtre même pendant cette période-là. Après j’ai viré ce boulot qui ne me plaisait pas vraiment et depuis on a surtout fait du théâtre de rue, et d’autres choses en salle, des créations, mais principalement du théâtre de rue.

Voilà et, en une dizaine d’années, on a lancé notre lieu qui s’appelle l’Amuserie et l’on fait venir des compagnies de l’extérieur sur une saison qui va d’octobre à juin. C’est un lieu permanent qui accueille des compagnies de l’extérieur à 90%.

D’ailleurs, comme nous sommes à Morlaix, on va aller jeter un œil sur les spectacles pour voir s’il y a des compagnies que l’on pourrait programmer pour la saison prochaine. Il y a aussi des compagnies qu’on accueille en résidence dans un lieu qui s’appelle « La Vache Qui Rue » à 40 Km de Lons-le-Saunier. C’est la DRAC qui nous a proposé de reprendre le lieu qui n’a pas été créé par nous à l’origine. Ça fait donc quatre ans qu’on a repris le lieu et l’on accueille chaque année une bonne douzaine de compagnies qui viennent ensuite jouer à l’Amuserie en fin de résidence. Et l’on joue aussi nos propres créations.

Après La Jurassienne de Réparation, avec Théâtre Group’ vous avez créé ELU, spectacle qui explore les travers de l’homme dans le milieu politique. Qu’est ce qui t’a amené à vouloir créer un spectacle sur ce thème ?

Ça ne s’est pas fait rapidement. La Jurassienne de Réparation non plus ! On a mis du temps, de même qu’en ce moment on est en train de chercher ce dont on va parler dans notre prochaine création. Je note des pistes, des trucs insignifiants, quelquefois c’est sur quelqu’un qui nous a fait marrer dans la rue, ou des situations qui nous intéressent, ou un milieu qui traîne dans un fond de pensée qu’on n’a pas encore exploré...

Vous observez le quotidien à partir duquel vous faites progressivement germer vos idées ?

Voilà, c’est ça. Et comme les élus sont des gens qu’on rencontre souvent dans notre ville, qu’on côtoie plus ou moins bien, ce n’est pas toujours facile. Le Jura est un département rural et ils sont durs à décrotter ! Il y a d’autres endroits où c’est différent, comme à Morlaix, j‘ai vu la conseillère municipale qui soutient le Far et l’on voit bien qu’elle sait de quoi elle parle. Mais il y en a d’autres... Ils ont difficiles et l’on ne se comprend pas. De là est venue l’idée de faire un spectacle sur ce thème. Mais je ne l’ai pas fait tout seul, on était plusieurs à réfléchir là-dessus et à l’écrire. Par exemple, je donne l’impulsion en disant, « on fait une création sur ce sujet ». Ensuite, on a réfléchi ensemble, on a cherché les gens avec qui l’on voulait bosser.

Vous êtes allés rencontrer des élus pour vous inspirer. Avez-vous été bien reçus et n’avez-vous pas suscité un sentiment de méfiance par rapport à votre projet de spectacle ?

Ça c’est toujours très bien passé parce qu’ils ne sont pas des monstres. C’est pour ça qu’ils peuvent être redoutables, parce que quand on affaire à un con notoire désagréable et abruti, c’est facile de l’envoyer chier. Mais les élus sont toujours des gens charismatiques, souvent pour la plupart parce qu’ils sont des chefs. Ils ont un truc en plus qui fait qu’ils ont besoin d’être chef. Après ça peut dévier et ils peuvent être pervertis par le système et par le pouvoir, mais à l’origine il y a toujours cette volonté d’être chef de classe. C’est bien mais c’est petit à petit que ça peut se mettre à déconner. Quand on les rencontre, on fait profil bas, on ne va pas dire, « on va chercher à vous coincer et vous emmerder ». Je leur avais fait un courrier sympa, d’ailleurs j’avais fait beaucoup de courriers, mais très peu finalement ont répondu à ma demande de les rencontrer. Ceux qui ont accepté ont bien senti qu’on ne cherchait pas à les piéger, on avait envie de passer une heure avec eux à discuter de leur parcours. Par exemple on a rencontré Michel Rocard et Jacques Delors qui sont des types très intelligents. C’est du haut de gamme !

Vous avez pu rencontrer des hommes politiques d’une telle envergure ?

Oui ! On a été reçus dans le bureau de Michel Rocard à l’Elysée et on a rencontré Jacques Delors. Ce sont des gens avec qui l’on peut discuter aisément, ça leur plaisait de parler de leur parcours. En plus on n’est pas journalistes et l’idée de faire un spectacle les séduisait et ils avaient des choses à dire là-dessus. On a rencontré Lanchon aussi, qui est originaire de Lons-le-Saunier, et des présidents de Conseil Général, ou des conseillers régionaux. Ils sont toujours heureux de parler d’eux, ils sont très cabots, ils ont envie qu’on les aime, comme les comédiens, c’est pareil. On les laisse parler d’eux-mêmes et ils sont heureux en plus qu’on fasse un spectacle sur eux et, pas sur la politique en général, ça peut être flatteur. On a cherché à les rencontrer et à voir leurs petits tics, leurs petites failles, les moments où ils peuvent être sincères ou ne pas l’être.

Vous recherchez l’homme complexe qui se cache derrière le personnage politique ?

Oui complètement. Ils se cachent beaucoup, se font beaucoup emmerder, ils prennent beaucoup de temps sur des sujets qui ne les passionnent pas forcément en tant qu’humain. Ils sont beaucoup sollicités, ils sont toujours à des meetings, ils n’ont pas forcément faim quand il s’agit de manger. Bref, je ne les excuse pas mais c’est leur vie. Ils peuvent être tout aussi ridicules pour ça qu’attendrissants.

Dans « ELU », on les a montrés ridicules et un peu seuls, très animaux et méchants entre eux parce qu’ils veulent prendre la place de l’autre. C’est surtout comme ça qu’on a cherché à voir les choses, et pas en tant que politiques « gauche droite ». On a pas du tout démonté le système avec le discours, « il faut faire comme ceci ou comme cela ». Et le spectacle finit sur une question : « qu’est ce qui bloque ? ». La fin n’est pas très gaie...

Depuis l’année dernière, vous avez changé beaucoup de choses dans la trame du spectacle. Pourquoi et dans quelle intention ?

À Chalon dans la rue, l’année dernière, on sentait qu’il y avait un manque de construction et de logique. Il n’y avait pas vraiment d’histoire, c’était plus une succession de bidules et l’on perdait les personnages principaux du début. On a voulu les récupérer, les remettre à leur place pour que ce soit moins dilué. Ainsi on les suit beaucoup plus du début jusqu’à la fin. Il y a maintenant une intrigue, c’est-à-dire quelle est la personne qui va représenter le parti. Le souci des personnages est de savoir qui va représenter le parti aux prochaines élections. C’est là que ça montre que pour un parti, il est plus important de savoir qui va le représenter, plutôt que de savoir s’il va gagner les élections. Peu importe le programme...On montre plus des moments de coulisses.

Scénographiquement, par rapport à l’année dernière, on a installé des tables et des chaises, on a enlevé la grande travée qui faisait penser à un défilé de mode et l’on a assis les gens car ça ressemble plus à l’ambiance meeting. Notre but est de donner un côté réaliste à cette fête de militants. Nous avons aussi retravaillé sur un ensemble de détails insignifiants, au fur et à mesure des représentations.

As-tu des idées pour une prochaine création ?

C’est pas encre très très clair. Les agents de sécu et les vigiles, ça m’intéresse parce que ce sont des gens qu’on ne voit pas. Avec Martin, on les a un peu observés et l’on y a pensé. On observe des petites choses qui nous donnent des idées. C’est ça le moteur, c’est plus dans des choses insignifiantes qu’on arrive à montrer quelque chose plutôt que dans de grandes déclarations.

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