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Les interviews

Retour sur le travail de KompleXKapharnaüM

Comment s’est formé KompleXKapharnaüM ?

Pierre Duforeau : C’est un collectif composé de plusieurs personnes issues de pratiques et de disciplines différentes, des artistes de rue, des plasticiens, des ingénieurs... On s’est retrouvé dans une friche avec l’envie d’occuper un espace en développant un projet commun. Au début on a mis en place des ateliers que l’on a ouvert aux bénévoles et aux amateurs. Ils venaient et participaient à des dispositifs dans lesquels on essayait toujours de lier l’image animée avec des performances, du théâtre ou de la musique. En majorité les gens étaient autodidactes, beaucoup se sont formés ensemble au fil des années au travers de leurs travaux.

Quelle était l’idée de départ ?

Pierre Duforeau
 : L’envie de mélanger les disciplines. On est venu dans l’espace public plus tard, poussé par une dynamique de rencontre.
Christophe Montoloy : Dès l’origine on avait l’intention de ne pas rester dans un rapport frontal avec les spectateurs. On voulait occuper l’espace de façon différente, obliger les gens à se déplacer donc à se positionner.
P.D : La particularité de notre travail est d’être "in situ ". On investit un lieu qui n’est pas dédié à la représentation et on se l’approprie, on le transforme. On ne vient pas faire un spectacle sur la place du village. Avant on s’emparait d’un endroit atypique sans se préoccuper de ses particularités. Il y avait quelque chose d’incohérent dans cette démarche. Aujourd’hui on fait attention de prendre en compte ce qu’il représente pour les habitants.

Quel est votre parcours avant KompleXKapharnaüM ?

C.M : Ne sachant pas quoi faire après le bac et ayant un goût prononcé pour les rapports humains, je me suis orienté vers l’animation socio - culturelle. J’ai été professionnel pendant 6 ans mais c’est un milieu qui m’a lassé, déçu. J’ai eu la chance de participer aux ateliers que donnait Komplex et à un moment donné j’ai fait le choix de laisser mon activité pour partir avec cette équipe.
P.D : J’ai une formation de plasticien. J’ai fait les beaux-arts. C’est là que j’ai découvert la photo, la vidéo ainsi que la mise en place de dispositifs, les performances. En parallèle on menait déjà nos expériences de spectacles et les choses se sont faites assez naturellement.

Vos influences esthétiques ?

P.D  : Je ne vais pas citer d’artistes ou de courants. Notre objectif est de mettre en place une scénographie globale. On n’est pas du tout dans la réalisation de documentaires audiovisuels. L’image n’est pas travaillée dans le cadre du 4/3 vidéo, mais dans la façon dont elle est projetée. On se demande comment la lumière peut l’encadrer par exemple. Ces réflexions nous sont venues au fil des années. Les vidéos diffusées dans la rue sans accompagnement du public ne nous intéressent pas. Globalement on revendique une esthétique un peu bricolée ou la main intervient. Dans notre site internet, on a eu envie de gratter cette présentation un peu lisse qu’on trouve très souvent sur le web. On veut que la matière, que ce soit du papier, des photos déchirées ou de la ficelle soit présente. On recherche une sorte d’épaisseur. C’est peut-être aussi par un manque d’habileté vis à vis de l’outil informatique. Au début, on n’était pas très fort sur du dessin vectoriel ou des logiciels comme Flashplayer... D’autre part on a eu envie de faire descendre la technique multimédia de son piédestal. Il ne faut pas être dans une approche trop lisse, trop technicienne, trop sacrée. C’est difficile de se dégager des Photoshop et compagnie. Mais on essaye dès que c’est possible pour se rapprocher du côté humain, de cet aspect fait de bric de broc.

L’objectif du site internet est de devenir un immense forum ?

C.M : S’il pouvait être prétexte à un rassemblement on serait ravi. Dans le Pays de Morlaix c’est déjà très présent puisqu’on travaille avec trois agglomérations qui se réunissent autour d’un projet. Il y a une identité qui se met en place. Ce travail existe aussi sur Marseille, dans le sud ouest, et bientôt sur Aurillac. L’envie est de créer une communauté qui ne serait pas territoriale mais plutôt d’intérêt, de sensibilité.
P.D : Il y a un positionnement de l’équipe. Ce que l’on cherche c’est d’assumer encore plus la notion de dispositif, d’un espace ouvert qui va se transformer au fur et à mesure des rencontres et des collaborations. On propose un cadre, on développe une esthétique, des lignes de force. Si le projet réussit il y aura plein d’objets différents, de liens et peu à peu cela nous échappera pour aller sur des pistes que l’on n’avait pas pressenties. Généralement les artistes ont tendance à travailler sur une oeuvre qu’ils maîtrisent le plus possible, nous il faut qu’on progresse dans cette notion d’une oeuvre ouverte.

Vous tentez de recréer un lien social ?

C.M : Notre travail est de créer des installations qui sont prétexte à rencontre. C’est des rendez-vous qu’on espère surprenants, qui entraînent des questionnements et en même temps qui se veulent rassurants. T’es dans la ville, les éclairages sont coupés, les gens peuvent échanger, rencontrer leurs voisins, trouver une place. C’est n’est pas anodin. Après est ce qu’on est "petite armée du lien social" ? Ca c’est plutôt un discours politique qu’on laisse bien volontiers aux politiques. Que l’espace public soit un lieu d’échanges et pas de crainte, de repli sur soi, c’est ça l’engagement pour moi.
P.D : On n’est pas des pompiers. On n’est pas dans une lecture politique et sociale mais plutôt onirique. On essaye de raconter une histoire, de créer du beau là ou y’en a pas, du rythme là ou y’en a pas... Forcément des choses en découlent mais c’est pas notre préoccupation première. En disant ça on est loin de nous désintéresser de ce qui nous entoure et de la société dans laquelle on vit, bien au contraire.

Comment vous êtes vous retrouvés à Avignon ?

P.D : Nous avons été invités par la nouvelle équipe du festival. Suite au changement de direction, Vincent Baudriller et Hortense Archambault se retrouvent aux commandes d’une grosse institution et ont envie de la faire évoluer. Ils se sont associés au metteur en scène allemand Thomas Ostermaier, dont le travail est très ancré dans une composante sociale et politique. Ils avaient envie de faire un acte symbolique en ouverture du festival, de ne pas démarrer comme le veut la tradition depuis 57 ans dans la cour d’honneur du Palais des Papes. On a rencontré cette nouvelle équipe l’an dernier sur un autre rendez-vous : « L’Année des 13 lunes » à Marseille. Ils ne sont pas engagés à faire un spectacle de rue déambulatoire en ouverture tous les ans, mais cette année à cause du lien avec Ostermaier notre proposition leur semblait juste en début de festival. C’était assez délicat pour nous, on s’est posé pas mal de questions et on a beaucoup discuté avec eux. Pourquoi on va là-bas, quelle caution on amène, jusqu’où on est instrumentalisé ou pas ? On a eu un rapport assez franc et on a décidé d’aller au charbon. Il nous semblait important de revendiquer l’existence d’une proposition artistique alternative dans l’espace public. Aujourd’hui il n’y a pas que des animations et des saltimbanques dans la rue. Il y a énormément de compagnies qui interrogent la ville, les relations entre les gens. Il faut faire la promotion de ces arts qu’on peut appeler arts publics, arts urbains, théâtre de rue... Il y a plein de noms mais l’important est d’œuvrer pour ce secteur parce qu’il est énormément touché par la crise générale sur la culture et qu’il est loin d’être accepté par les institutions.

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