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Les interviews

Sons urbains avec l’Eléphant Vert

Dans quelles circonstances s’est formée votre compagnie ?

Pierre Delosme : Elle a été fondée en 1982. On était à Paris et au début des années 80 on est descendu en Camargue où l’on a fondé L’Eléphant Vert. Au travers de nos expériences diverses et variées, de nos rencontres avec d’autres créateurs (Ilotopie, Générik Vapeur, Michel Crespin...) on a défini notre identité. C’est au début des années 90 qu’une démarche artistique très claire nous est apparue. On avait la volonté d’un théâtre tout terrain, populaire, mais exigeant en ce qui concerne le sens de ce que l’on écrivait. En 1992 on a affirmé notre volonté de mettre sur un pied d’égalité l’expression théâtrale et l’expression sonore au sens large. Cela inclut les sons environnementaux, musicaux, qui vont de l’électro-acoustique de Pierre Schaeffer jusqu’à la musique contemporaine en passant par le rock ou les musiques du monde. Le tout sans aucun esprit de chapelle. D’ailleurs ce n’est pas toujours évident de trouver des musiciens ou des acteurs qui sont dans cette disponibilité. Aujourd’hui on poursuit toujours cette réflexion : comment trouver valeur dramaturgique et scénographique d’un son ? Comment mélanger la narration théâtrale qui nécessite un sens pour qu’on la comprenne et la musique qui est une abstraction, une suite d’émotions ? Cela nous a donné plusieurs niveaux de travail. On fait de la formation depuis longtemps pour des publics allant de la maternelle à la faculté en passant par les professionnels, les handicapés... On a pu se nourrir et en même temps échanger avec des personnes avides de jeu, de se découvrir en groupe. On a aussi répondu à des commandes qui intégraient des "populations non- actrices". C’est -à- dire qu’on a travaillé avec des bûcherons, des sidérurgistes, des pêcheurs ...On a effectué des recherches pour trouver la forme théâtrale la plus appropriée à ces commandes sans jamais se détacher du réel.

Combien êtes vous ?

A la base on est deux avec Claire Madelénat qui n’est pas là aujourd’hui. A cela il faut rajouter de nombreuses collaborations en fonction des projets. On est les co-fondateurs de la compagnie et les auteurs. De temps en temps on se permet des petites échappées, elle écrit quelque chose pour elle et je fais pareil pour moi.

Pourquoi avoir fait une sortie improvisée tout à l’heure ?

Pour surprendre les gens. C’est ce qu’on recherche souvent en tant qu’artiste de rue. Travailler dans cet espace est un acte politique, on veut amener l’art partout. C’est bien les programmations, on les suit avec plaisir. Mais retrouver l’ essence de ce qu’on a appelé à une époque "le théâtre invisible" ou une proposition arrivait de façon imprévue dans le quotidien des gens, ça crée des choses d’un autre niveau. C’est une autre relation.

Alors pourquoi ne pas avoir fait le spectacle dans son intégralité plutôt que d’en avoir donné un court extrait ?

C’est une question d’énergie. J’aurais pu le faire avec un peu plus de temps entre les deux spectacles. De plus j’avais la contrainte des bagnoles, la circulation n’était pas bloquée, alors j’ai improvisé avec ce que j’ai trouvé.

Comment vous est venue l’idée de ce projet là ?

C’est une vieille histoire. C’est pas le premier spectacle de L’Eléphant Vert qui touche à la mémoire. On avait déjà travaillé sur l’ouverture du festival "Chaud Dehors " à Aubagne avec une population "non actrice". C’était une création sur la mémoire d’une ville avec une grosse structure qui pouvait accueillir 5000 personnes. On a interrogé des gens dont les tranches d’âges allaient de celles des enfants aux personnes les plus âgées possible. L’interview était basée sur la façon dont ils ont appris à vivre personnellement, mais aussi dans le cadre de leur cité. On a repéré des sites et des lieux et à partir de cela on a détourné la ville et sa mémoire pour créer une mythologie qui faisait référence à son histoire. Il y avait 4 sites dans Aubagne et les 5000 personnes étaient divisées en 4 défilés accompagnés par des acteurs professionnels ou non qui les amenaient là où il y avait une proposition. Puis à la fin tout le monde se retrouvait. En fait du son naissait une image et nous on avait le rôle d’une nouvelle catégorie de chercheurs qu’on pourrait appeler les théâtrophones, les archéolophones, les psychophones, les historiophones...
Cette idée de mémoire nous a toujours hantés, a part pour le spectacle "Faunèmes" où l’on n’a pas travaillé dessus directement.
J’avais envie de revenir sur cette histoire du chercheur, de l’étranger et d’aller fouiller dans les matières urbaines pour voir quelles sont les mémoires qui pouvaient émerger. Dans l’improvisation qu’on vient de faire c’est des souvenirs rapprochés, dans le spectacle de ce soir on remonte jusque dans l’antiquité. Il y a une scène que je ne vais pas jouer parce qu’il n’y a pas le lieu qui s’y prête. C’est la scène de l’arbre, où l’on remonte à la philogénése, à ce moment où nous sommes sortis de l’eau pour devenir des reptiles. C’est pour cela que le spectacle est en morceaux car on peut les accoler comme on veut. Tout à l’heure j’avais vraiment envie d’ improviser pour retrouver ce phénomène d’errance, cette idée de spectacle en devenir comme tout spectacle vivant.

Comment gérer vous les sons que vous utilisez ?

C’est Didier, qui a le rôle du photographe, qui déclenche les séquences par infrarouges avec son faux appareil photo. Tout est relié à un multipiste. Il peut les lancer quand il le souhaite en fonction des moments prévus. Ce qui est très bien car personne ne le voit. On veut encore développer ce rôle de photographe. Au 19 ème siècle quand les explorateurs partaient en voyage, ils étaient souvent accompagnés de dessinateurs qui les prenaient dans des poses très avantageuses. Il y a donc un peu cette idée du photographe qui immortalise les erreurs ou les réussites au fil du temps. Jouer seul dans la rue c’est vraiment dur, c’est sclérosant. Avoir un compagnon est nécessaire à plein de niveaux. Que ce soit pour entretenir le matériel ou truquer les espaces. C’est des détails mais la voiture est en place à l’avance, il y a des pièces de métal pour faire tenir les micros...

Tout les sons sont travaillés avant ?

C’est des bandes à part le tube à sons qui lui est un sampler. Tous les sons qu’on utilise ont été retravaillés dans notre studio. Beaucoup sont faits sur place. D’autres sont des pièces uniques de super bonne qualité que l’on a achetés dans une boite sur Paris. Tout le reste est à nous. Pour les voix qui sont assez nombreuses, ce sont des comédiens qui sont venus faire une séance de studio. On n’a que des sons originaux pour le spectacle. Il y a un travail très précis sur cette matière car pour nous elle remplace notre décor. C’est un peu comme un livre. L’imaginaire de chacun y a sa place à condition qu’on accepte de rentrer dedans.

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