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Les interviews

Il était une fois un charpentier, une cuisinière et un clown... [Schaul Pifer et cie]

Entretien nocturne dans un appartement du port de commerce avec Paul Fischer, Aline Mutet et Vincent Mazaudier.

Un charpentier, une cuisinière et un clown... Voilà un trio plutôt étonnant, surtout lorsqu’on le rencontre dans le cadre d’une résidence au Fourneau. Mais telles ont été les réponses faites à ma sempiternelle première question à propos du métier de mes interlocuteurs. Mais tous les chemins mènent au spectacle... C’est avant tout l’envie qui prime. Et question envies, mes trois hôtes d’un soir ne sont pas en reste.

Pour essayer de résumer dans l’ordre le projet de notre trio, l’idée de départ est d’aller à la pêche aux sons dans un village... une ville... et de les renvoyer aux habitants. Non... Le tout début, ça parle de pétrole... de notre époque... de l’ère du pétrole... qui amène à l’ère du bruit... des machines bruyantes... puis il y a le bruit des machines qui fabriquent les machines... et ainsi de suite... alors il y aurait un bébé... On écoute tous les bruits qu’il va devoir supporter toute sa vie... des bruits multiples, forts, stressants, des bruits parasites...

Disons que de l’expression bien connue « d’un autre regard », nos trois artistes veulent en arriver à une expression qui pourrait être « d’une autre oreille », ou comment porter une autre écoute aux sons qui nous entourent. Voilà, c’est ça !

Recentrons-nous... Il est environ 23h. Nous sortons d’un bon repas animé de discussions sur à peu près tout sauf le propos qui m’amène. En vrac : le Vatican, une salle de spectacle de la banlieue parisienne , le fiasco nommé Clémenceau (encore lui...) Bref, difficile d’enchaîner avec une interview plus formelle (quoi que...) après ça. Mais bon, on s’installe confortablement, on branche le minidisc et on lance la première question...

Quel est votre métier ?

Vince : Charpentier ! J’ai toujours rêvé d’être charpentier. J’ai été main d’oeuvre mais c’était pas terrible.

Aline : Moi au départ j’étais hôtesse de l’air. Maintenant je suis cuisinière pour des clowns, presque exclusivement, dans un lieu dans le Gers qui s’appelle le Bataclown.

Paul : Et moi j’ai décidé très petit que je voulais tout essayer. Quand on me pose la question, je réponds clown. Généralement chez les flics, ou ailleurs, on me demande si je suis bien sûr de mettre ça comme profession. En fait je suis pas clown, mais plutôt comique de rue. Mais c’est pas vraiment mon métier, c’est un amusement.

Vince : Moi j’aime bien l’appellation des ASSEDIC. Quand j’étais intermittent, ils marquaient « artiste dramatique ». C’est le terme officiel.

Paul : Pourquoi ils marquent pas « artiste comique » ? C’est dramatique d’être artiste ?

Vince : Tu as le droit d’être drôle dans ton drame...

Comment est né le projet Entre le marteau et l’enclume sur lequel vous travaillez en ce moment au Fourneau ?

Vince : Pour moi, c’est d’abord la rencontre avec Paul. Ca a commencé quand il m’a branché l’année dernière pendant Viva Cité à Sotteville. Paul jouait Silence on tourne ! (info : son précédent spectacle) et moi j’y étais avec la compagnie Us et Coutumes avec Si un jour tu meurs. On mangeait dans la même cantine et on a pris un peu de temps pour parler de son projet.

Paul : Sur une des plaquette des Ratetous (info : autre compagnie dans laquelle travaille Vince), ils posaient devant mon camion et dessus il y avait ma tronche. A partir de ce moment, on a commencé à se parler. On a été aussi programmés ensemble au Québec au festival Juste pour rire. Comme on se faisait chier comme des rats morts la moitié de la journée, on a passé pas mal de temps ensemble. Quand est arrivé l’idée de ce projet, j’ai pensé à Vince car j’avais besoin de quelqu’un qui sache manipuler des sons.

Quelles sont vos attentes, vos objectifs à chacun pendant cette résidence brestoise ?

Vince : On a fait une première résidence à domicile chez Paul et Aline. On parlait du projet sans se poser d’autres questions que ce qu’on avait envie de faire. Au Fourneau, on est en plein dans la recherche technique. On a mis au point un système de transmission de sons sans fil. En plus, on a la bonne pression d’avoir quelque chose qui tient la route pour le dimanche 27 à Plouézoc’h. Etre au Fourneau, c’est aussi la possibilité de tester des choses en public lors de sorties improvisées sur le port de commerce, même s’il y a pas beaucoup de monde en ce moment !

Aline : Pour moi, c’est assez nouveau tout ça. Je suis surprise de la lenteur de la recherche, du temps que ça prend, notamment au niveau technique.

Paul : Les avantages d’une résidence sont incalculables. On a beaucoup de matériel à disposition et c’est facile d’y accéder : ordinateurs, appareils photos, internet, ... Et ce projet demande un travail de recherche et de compilation de sons très long. Heureusement qu’on s’y est pris suffisamment à l’avance. Le spectacle doit normalement sortir en 2007.

Par l’intermédiaire du Fourneau, on prend également contact avec d’autres personnes qui nous donnent des tuyaux, comme la compagnie Décor Sonore par exemple. Nous fonctionnons avec peu de moyens, donc on bidouille pas mal, on se renseigne à droite à gauche. On est obligé car les subventions de la DMDTS ou de la DRAC, on peut toujours les attendre ! Ils se fichent éperdument d’une petite compagnie comme la notre. Heureusement qu’il y a des structures comme le Fourneau qui y croient, nous invitent et nous subventionnent.

Comment définiriez-vous votre rôle à chacun dans ce futur spectacle ?

Paul : On voulait que le son soit plus important que les personnes, qu’il soit l’acteur principal. Mais c’est difficile car notre imaginaire est complètement marqué par l’audiovisuel, ou plutôt le visio-auditif. L’image et la vision sont prépondérants dans notre société actuelle. Le son a été relégué au second rôle. Pas la musique, mais la parole. A la télévision, il y a de belles images mais on raconte n’importe quoi. Et encore, il y a pas toujours de belles images. Le discours lui est lénifiant et n’est là que pour servir l’image.

... et pour répondre à ta question, moi je suis le Porteur-de-son-à-tout-faire.

Vince : Tu es l’acteur principal Paul ! Tu peux le dire... (rire)

Moi je vais m’occuper de la machine à sons. Je serai le chef d’orchestre de tous ces sons. Pour l’instant je suis en civil, mais j’aimerais me trouver un rôle plus de comédie, de jeu de comédien.

Aline : Et moi je serai donneuse de sons. Je vais recueillir les réactions des gens en direct et les renvoyer à Vince qui les intégrera à la bande son. Donner à entendre aux gens ce qu’ils disent...

Comment réfléchissez-vous au rapport avec le public dans le cadre d’une création comme celle-ci ?

Paul : On est en train de chercher des moyens d’interaction possibles. On se demande si on va pas donner la parole aux personnages, pour pouvoir tchatcher avec les gens qu’on rencontre. Rien qu’avec nos deux sorties improvisées sur le port de Brest, on commence à voir quels sons marchent mieux que d’autres, suivant les réactions des gens. Mais on a rien de prémédité, pour l’instant on explore. De toute façon, ce spectacle n’a de sens que s’il y a de l’interaction.

Vince : Par exemple, on travaille sur l’idée d’une cuisine des sons. On présenterait ça comme quelque chose de culinaire, alors que c’est de l’auditif. Aline serait la cuisinière et moi je serai derrière au fourneau avec ma banque de sons. Là on prendrait une personne du public pour lui concocter une salade océane, avec des bruits de mer, de mouette, ou un plat de viande, avec des bruits d’animaux, etc...

Paul : Le public est un vrai partenaire de jeu dans le théâtre de rue. Il peut réagir à tout moment. Avec mon personnage de soldat que j’ai promené sur le port, j’ai été surpris que les gens ne réagissent pas plus que ça ; en plus avec un personnage comme celui-là, tout près de l’arsenal avec des militaires qui passent par là. Comme quoi, on peut pas prévoir les réactions des gens.

Vince : L’idée est de trouver des sons qui les touchent. On s’est rendu compte qu’il y a des sons qui sont communs à tout le monde, des sons qui nous touchent tous lorsqu’on les entend dans un endroit où on ne s’y attend pas. Le chant d’oiseaux par exemple, c’est universel. Ca fait plaisir à tout le monde de les entendre. Mais c’est pas forcément le but de faire plaisir à tout le monde, donc on va trouver des phrases plus cinglantes pour provoquer des réactions plus spontanées.

Paul : J’ai aussi envie que tous ensemble dans ce spectacle on mette un peu de nos convictions politiques et qu’on les partage avec le public. Les gens n’osent pas s’exprimer en dehors de leur cercle amical ou familial. Il y a beaucoup d’abstentionnisme en France, les gens sont dégoûtés. Je pense qu’on peut leur offrir la possibilité de donner leur avis, ou du moins les amener à se poser des questions là-dessus. C’est aussi ça le théâtre de rue ! Et je trouve qu’on a beaucoup perdu de ce côté engagé des arts de la rue. Aujourd’hui on fait plus du divertissement. Le théâtre de rue est né de la revendication, de la confrontation politique. J’aimerai renouer avec ça, ne pas faire que du divertissement.

Vince : Ca m’intéresse...

Paul : Je suis convaincu que le but du théâtre de rue est là. Il n’y a pas de raison que ce soit que le théâtre en salle, destiné à un public très ciblé, qui porte un discours politique. Ce qui est intéressant dans la rue, c’est qu’on peut porter un message à toutes les couches de la population, sans différences et sans savoir qui on a en face de nous.

Propos recueillis par Aurélien Marteaux le 18 mai 2006 dans la cuisine d’un appartement du port de commerce.

Merci à Aline pour ce bon repas, et à tous les trois pour leur chaleur en ce timide mois de mai brestois.

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