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Les interviews

La vie en couleur... [Philippe Riou, Les Passagers]

Entretien avec Philippe Riou, acteur, danseur, alpiniste et chorégraphe, directeur artistique des Passagers.

A la Garenne, Philippe Riou est un homme occupé, contrarié même. Difficile de le faire asseoir 15 minutes le temps de l’interview. Il faut dire que la pluie bretonne lui donne bien du souci. Elle a même réussi à le faire battre en retraite et annuler la représentation de Récif (acte II), initialement prévu samedi à 20h58. Mais l’homme ne plaisante pas avec la sécurité de ses comédiens, danseurs et accrobates. Accrochés en rappel à plus de 15 mètres du sol, les artistes de la compagnie Les Passagers ont présenté vendredi le premier acte de leur spectacle monumental adapté du mythe d’Orphée et Eurydice.
A quelques heures de la représentation du troisième acte ici à la Garenne, Philippe Riou nous raconte un peu de lui, de son travail... Même en déplacement à Carhaix, je ne déroge pas à ma traditionnelle première question...

... Quel est ton métier Philippe ?
C’est une bonne question... On va dire que je suis saltimbanque, comme les autres membres de la compagnie. Ca veut dire que les gens ont des formations diverses : danse, art plastique, musique, comédie. Moi à l’origine, je suis plutôt un sportif et un danseur. J’ai également fait du théâtre. On se retrouve tous autour de la même volonté de jouer dans la rue gratuitement. De fait, c’est aussi un métier de bateleur.
Au début de la compagnie, chacun défendait son corps de métier. Les danseurs ne comprenaient pas pourquoi ils devaient danser dans la peinture et inversement les peintres ne voulaient pas que les danseurs salissent leur oeuvre. Maintenant, le projet global est accepté par tous.

Hier, la pluie vous a forcé à annuler la représentation. Dans quel état d’esprit es-tu au moment de prendre cette décision ?
L’avantage d’hier c’est qu’il pleuvait tellement qu’on ne pouvait pas s’imaginer jouer. On ne peut pas mettre les gens en danger pour un spectacle. Mais cette décision se prend fatalement à contre coeur... S’il se met à pleuvoir pendant le spectacle, on peut continuer. Mais commencer sous la pluie, c’est comme être dans son bain et vouloir s’habiller... ça ne marche pas.

Mais jouer en extérieur c’est aussi accepter ces règles du jeu...
Je ne dirais pas que c’est une acceptation parce qu’il y a toujours un côté injuste, surtout lorsque les autres artistes peuvent jouer sous la pluie. C’est moins difficile à accepter parce que ce spectacle n’est pas récent, il n’y a donc pas cette frustration du spectacle tout neuf pour lequel tu as bossé des mois et que tu veux absolument jouer. Cela dit, ça reste quand même dur parce que tu as envie de faire plaisir aux gens. Dans tous les cas, même s’il pleut ce soir on jouera ce qu’on pourra.

Quelle est l’idée de départ de Récif ?
Il y a d’abord la verticalité. C’est un principe récurrent dans nos spectacles. Cela date de mon premier spectacle : un "truc" complètement punk à partir de textes tirés de Faust. J’avais monté des tours dans un champs et installé deux cent télévisions qu’on brisait à coup de hache. C’est pour moi un très bon souvenir, mais pas pour les gens qui m’avaient invité...
En tant qu’alpiniste, la verticalité a été pour moi une évidence de travail. Et j’ai vite compris que dans la rue si tu veux parler à plus de cent personnes, il y a un problème de visibilité. Il faut donc te surélever.
L’origine de Récif date de mon séjour en Bosnie, pendant la guerre. Quand je suis rentré en France, je ne voulais plus faire de spectacles. Je ne voyais plus l’intérêt d’en faire, je trouvais que le monde n’avait plus de sens.
Finalement, j’ai quand même créé un spectacle qui n’en était pas un : Le cirque du rien. Ce spectacle mettait en scène des comédiens et danseurs dans des container-poubelles. Ces derniers ne faisaient absolument rien. Au début du spectacle, on annonçait au public qu’il n’allait rien se passer et qu’il pouvait partir. Evidemment ce spectacle ne s’est pas vendu, puisqu’il ne s’y passait rien. Mais c’était une commande du Conseil général du 92, qui ne savait évidemment pas ce qu’il avait acheté. Donc on l’a joué dans une cité de Nanterre. La réaction des jeunes de là-bas a été incroyable. Ils me disaient : "Monsieur, votre spectacle c’est génial, c’est comme dans notre vie : on s’emmerde !". Y a même des gens qui nous laissaient leurs gosses en garderie. C’est là que j’ai retrouvé un intérêt à ce que je faisais. Alors j’ai repris le travail sur fresque géante que j’avais un peu expérimenté avec un ami. Ce sont les couleurs qui m’ont ramené à la vie.

En tant que metteur en scène, comment travailles-tu ?
Je travaille pas tellement sur une histoire racontée, mais plus sur l’image qui est représentée et surtout sur le sens que chacun peut donner à cette image. En fonction du lieu où l’on joue, les spectateurs ne se racontent pas la même histoire. Quand on a joué au pays basque, les gens étaient sûrs que le spectacle était une critique de l’Etat.

Que représente la toile finale de la Garenne ?
Eurydice et la mort... Plus largement, elle symbolise la relation entre la vie et la mort. Elle est simple et figurative, car on s’est aperçu que quand on faisait des toiles très abstraites, les gens ne comprenaient pas et se sentaient de ce fait exclus. Je n’aime pas que les gens se sentent idiots parce qu’ils ne sont pas éduqués à ce type de travail. C’est pour cela qu’il y a toujours un personnage ou un visage reconnaissable dans nos toiles. On laisse quand même des parties abstraites pour laisser place à l’imaginaire des spectateurs.

Finalement, Les Passagers ont pu jouer pour la troisième et dernière fois sous les regards émerveillés d’un grand nombre de festivaliers de la Garenne.

Entretien réalisé à la Garenne des Vieilles Charrues, le 24 juillet 2005

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