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Les interviews

Poil à gratter [Pablo Volo]

Pablo Volo, apprenti de la FAI AR

Pablo Volo fait partie de la première promotion de la Formation Avancée Itinérante aux Arts de la Rue. Il a séjourné au Fourneau à deux reprises : lors d’une escale de la FAI AR et pendant la résidence d’Artonik, compagnie avec laquelle il a effectué son stage pratique. S’il est encore en formation, il n’en possède pas moins une vision bien trempée des arts de la rue.

Le matin de notre entretien, impossible de trouver du café dans la cuisine du Fourneau ; Pablo doit donc se contenter d’une préparation soluble. Sacrilège, pour un italien de surcroît ! Stoïque il précise qu’ « en Asie il n’y a que du Nescafé ». Une fois le breuvage servi dans une grande tasse, il sort une boîte à tabac et des feuilles. Il roule plusieurs cigarettes qu’il fumera tout au long de notre discussion.

A la FAI AR, les étudiants portent le nom d’ « Apprentis ». Est-ce que cette appellation te correspond ?

Oui, « apprenti » ce n’est pas mal. Je me sens volontiers comme quelqu’un qui est là pour apprendre et non pour montrer son nombril. Par contre, il est un peu présomptueux de mettre un A majuscule. Cela fait partie de tout le vocabulaire et l’iconographie utilisés par la FAI AR afin de se créer une image forte. Le nom d’apprenti a été emprunté au Bauhaus, reprenant l’idée de celui qui construit lui-même son parcours de formation, qui s’auto-évalue...

Cette formation intervient-elle à un moment particulier de ton parcours ?

Les six mois précédents la formation, j’ai mené une activité militante. Je me suis engagé dans plusieurs collectifs : la coordination des intermittents et précaires d’Ile-de-France ainsi que différents groupes italiens. Je jugeais alors important de mettre de côté tout autre travail, notamment le spectacle. De toutes façons, lorsque je travaillais avec des compagnies je passais pour le militant de base, ou très ennuyeux ou au courant de tout. Et je me suis donc rapidement éloigné de la profession. J’avais donc envie de prendre du recul par rapport à tout cela en me présentant à la FAI AR.

Et pourtant les arts de la rue, par définition, défendent une forme d’engagement politique ?

Les arts de la rue comptent les mêmes carriéristes que dans les autres professions. Peut-être même pire, avec le cynisme en plus ! Selon moi, le théâtre de rue n’est pas une magnifique catégorie que l’on opposerait au théâtre de salle, bourgeois et poussiéreux. C’est seulement en France que l’on fait cette démarcation. Quant aux grands principes, il faut voir... En ce qui concerne le public : le fait de jouer dans la rue ne veut pas dire que l’accès à la culture est favorisé. Et la gratuité n’est pas forcément souhaitable car les artistes doivent parvenir à se financer.

Tu as vécu en Italie, en Allemagne et en France. Quelle est la situation des arts de la rue dans ces pays ?

En Italie, le théâtre de rue a une assez mauvaise connotation, un peu comme en France il y a vingt ans. Pourtant, beaucoup de spectacles sont joués dans la rue par manque de moyens. C’est comme cela que j’ai commencé. Pas du tout dans l’idée d’envahir l’espace public ou de laisser une trace dans l’urbanité !

La situation est très différente en Allemagne. Les artistes de rue défendent l’idée de liberté et d’ouverture. On retrouve cet état d’esprit dans de nombreux cafés : ce sont des zones d’expression relativement accessibles pour se lancer, tester des choses. Des projets très étonnants sont menés, mélangeant théâtre, performance, musique et arts plastiques.

La FAI AR finit en septembre 2006. Quels sont tes projets pour la suite ?

Je pense travailler sur mes propres créations tout en développant une écriture collective. Cela ne m’intéresse pas de prendre seul une décision artistique et de la tester ; ma vision n’est pas meilleure que celle des autres. Par exemple, j’ai un projet de spectacle avec une danseuse et un musicien, pour lequel nous cherchons à créer un langage commun. C’est difficile mais très intéressant. Mais peut-être est-ce une idée peu has been ou soixante-huitarde de faire un travail collectif !

Penses-tu que l’on puisse également trouver un langage artistique commun avec le public ?

Ce qui est sûr, c’est que l’implication de la population se vend très bien ! Les municipalités, qui achètent beaucoup de spectacles de rue, ont besoin d’un retour des électeurs. Lorsque les artistes leur proposent quelque chose où la population est rendue complice, c’est plus que parfait ! Ils les caressent dans le sens du poil tout en faisant semblant de gratter dans l’autre sens... Pour autant, des spectacles magnifiques ont été créés avec les habitants, et ce depuis des décennies !

Post-Scriptum
Lors de son escale à Brest, Pablo a réalisé des photos étonnantes du port de commerce. Une trentaine d’entre-elles sont disponibles sur le site du Fourneau.

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Le Fourneau

Centre National des Arts de la Rue et de l'Espace public en Bretagne

11 Quai de la Douane

29200 Brest

Tél. 02 98 46 19 46

www.lefourneau.com


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