"Les Saisons", Collectif La Fugue
Les Carnets de La Chimère #2 - Locunolé
Après cette canicule estivale, soudain des menaces de pluie et de vent ! Mais rien ne m’arrête : toujours enthousiaste et optimiste, j’utilise mes doubles compétences de héron cendré et d’hippocampe pour ennagevoler du Boulodrome de Moëlan-sur-Mer à Locunolé.
©Florence Menez
Sur la place du marché, des cageots, des thermos et une bande de 5 joyeux drilles, trois femmes et deux hommes, plein d’entrain, qui se dédoublent en 10 personnages dont la vénézuelienne révoltée Gabriella, Tim, l’étudiant ingénieur paumé, la sensible Youna, Tek le fêtard. C’est la saison des abricots qui démarre.
©Florence Menez
Nous plongeons avec ces personnages, en « t-shirt déglingué », vieux short et « baskets pourraves », dans la réalité du travail dans les champs : j’ai « rêvé en fruits » moi aussi, j’ai ri des plaisanteries, j’ai souffert avec eux de leurs gestes répétitifs, j’ai chanté en rythme, grincé des dents (du bec plutôt) à l’évocation de leur dos cassé, de leurs réactions cutanées, de leurs problèmes respiratoires, de leur soif car « le verger cuit » sous l’implacable soleil.
©Florence Menez
J’ai frémi au surgissement vociférant des patrons et patronnes, et au récit des conditions de travail de nos camarades espagnols. Je suis passée du « taf » à la « teuf ».
©Florence Menez
Cette fête, trop alcoolisée pour ma petite corpulence, est de celles qui réparent les esprits en saccadant les corps au son de la musique techno, de celles où l’on oublie nos pauvres conditions de précaires travailleuses et travailleurs, jusqu’au drame…
Drame qui fâche et sépare, puis qui réconcilie auprès d’un feu mourant dans une vigne sous la pluie. Décidemment, la météo joue sur nos vies. Pour une fois je me suis prise de tendresse pour un chien, Stevio. D’habitude je les fuis ! Je me suis aussi prise d’amitié pour ces humaines et humains que j’ai retrouvé pour une autre saison. Des abricots aux huîtres, de la sécheresse à la marée. Pourtant, la recruteuse de France Travail, bien au chaud derrière son bureau, nous avait prévenu : ce sera dur !
©Florence Menez
Ce fut dur : la vitesse à adopter pour retourner les poches d’huîtres avant que la marée ne monte, le froid, la lourdeur de la combinaison-ciré, les gestes répétitifs, les conditions de logement, les patrons qui surveillent… mais aussi la solidarité, la convivialité, les chants, l’amitié…
©Florence Menez
Avec toute l’assistance émue et enthousiaste, j’ai applaudi de mes nageoirailes. Moi chimère, j’étais d’autant plus touchée par cette fresque tragi-comique du réel, que, mi-héron, mi-hippocampe, je souffre doublement du changement climatique, doublement des pesticides, et comme les saisonnières et saisonniers, j’ai peur de disparaître… je garde espoir et puis j’ai encore beaucoup de belles choses à voir aux Rias !
Chimèrement vôtre
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