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Les interviews

Quand Shakespeare fait tourner la tête des 26000 Couverts !

Entretien exclusif avec Philippe Péhenn, metteur en scène de "Beaucoup de bruit pour rien de Shakespeare"

Le journal de la résidence

En cette année 2006, la compagnie 26000 couverts effectue un étonnant virage et décide d’entrer par la grande porte dans les Théâtres labellisés. Longtemps privés de la légitime reconnaissance de leurs pairs et réduits à jouer sur les pavés, les comédiens de la compagnie accueillent avec bonheur ce nouveau confort de travail. Mais avec quel projet la compagnie a-t-elle choisi de brûler les planches des théâtres parisiens et autres scènes nationales ? Et bien avec un monstre sacré du théâtre : le grand William Shakespeare en personne !

Première étape de leur tournée des théâtres, la compagnie a présenté en avant-première son Beaucoup de bruit pour rien de Shakespeare au Théâtre du Pays de Morlaix. L’occasion pour moi de rencontrer Philippe Péhenn, instigateur de ce grand changement pour la compagnie dijonnaise. Seulement deux questions posées à cet homme pressé, à une heure de l’avant-première morlaisienne tant attendue.

William Shakespeare

Petit cours de rattrapage pour tout le monde... L’intrigue se déroule derrière les murs du Palais sécurisé du gouverneur Léonato, dans une sorte de kommandantur de province ruinée. Pendant que des vigiles futuristes déménagent des dossiers compromettants et que les demoiselles de la jet-set élisabéthaine côtoient membres de la nomenklatura et prêtres collabos, la chair à canon tue au front. A l’arrière, des tyrans à l’agonie s’amusent à arranger des mariages pour oublier leur mort imminente.

Pourquoi avoir choisi cette pièce de Shakespeare en particulier ?

Nous vivons dans un monde halluciné, jamais très loin des bombes et du combat. Judith Feyrner (dramaturge de la compagnie, ndlr) et moi-même avons travaillé sur un nouveau texte didascalique, parfois même en contradiction avec le texte d’origine.

Une constante dans nos conversations avec Judith était de dire ce que le texte ne dit pas, montrer le non-dit, sans oublier, bien sur, le Einfüldung brechtien... A travers le travail de recherche sur la danse-réflexe mené avec Liliane Boucon, nous avons pris conscience de la dimension noire des personnages... Judith dirait : la persona intérieure.

Comment avez-vous abordé le processus de création ?

J’ai voulu faire de cette légère comédie de Cour une tragédie intemporelle, perverse et troublante. J’ai pris le pari de détourner la pièce pour mieux me la réapproprier et redonner une puissante vibration, à la fois vivante et impalpable, aux grandes thématiques shakespeariennes.

Il y a toujours eu du détournement dans mes mises en scène. Comment ignorer la guerre continuelle autour de nous ? Partout, et depuis toujours. La barbarie qui nous entoure... Le théâtre doit en témoigner.

La pratique scénique est un travail alchimique. Il a fallu transformer le textuel en spectacle par une manipulation de signifiants hétérogènes. Et leurs relations multiples produisent un espace scénique qui absorbe Shakespeare et en même temps le densifie de manière contradictoire, pour produire des relations nouvelles. Par exemple, nous traitons la relation amoureuse à la lumière de la guerre des sexes, à la drôlerie du texte, nous avons substitué la cruauté, à l’esprit la fourberie, à l’amour la suspicion...

Propos reccueillis par Aurélien Marteaux, le 13 mai 2006 au Théâtre du Pays de Morlaix

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