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Les interviews

Burattini, le King Kong de la Rue

Interview réalisé au Festival des arts dans la rue de Morlaix le 31 Juillet 2002. Dans la rue, tu croises des mecs extraordinaires, ils te balancent un message à la gueule, et t’en fais ce que tu veux. Le talent Burattini se trouve dans les gènes, et ni lui, ni personne n’arrivent à l’expliquer.

"Et des fois 10 ans plus tard tu comprends ce que t’as dit 10 ans plus tôt. Tu le disais déjà mais tu le comprenais pas."

J’avais 10 ans, aujourd’hui j’en ai 20.

Le paradoxe et le mystère Burat’ résident pour toujours dans cette phrase : "C’était tout à double mot, et fallait comprendre à demi mot"

Cet entretien n’explique rien... Du moins pas encore Dans 10 ans peut-être…

C’est la diversité qu’est fantastique.

Tu écris en 1992 : "Mon rêve secret, que mes enfants, comme des crétins, reprennent le "Répertoire" en ayant la prétention de le dépoussiérer, de le réactualiser". 10 ans après ?

Je me moquais du théâtre qui prend un répertoire classique et qui finalement construit un remake. Au cinéma, imagine si chaque année un mec décide de tourner Autant en emporte le vent, dans la boîte noire classique, ça se passe comme ça, y’a plus de 50 personnes qui mettent en scène le même Molière, le même Shakespeare, le même Ionesco, je trouve ça aberrant. Effectivement, chacun amène sa version, mais c’est pas ça qui fait avancer le shmilblick, ce qui est formidable c’est la manière dont Courcoult (directeur du Royal de Luxe), ou Pascal Rome (Cie OPUS) imaginent leur spectacle, c’est la diversité qu’est fantastique. La spécificité des Arts de la rue, c’est d’être continuellement en recherche et que chacun trouve de nouvelles variantes à donner, il faut pas ânonner, ni répéter sans arrêt pour amener sa petite variante de trou du cul… C’est peut-être très bien de montrer des classiques, de les offrir aux yeux et aux oreilles des spectateurs et même avec une grande mise en scène moi je les ai pas vus…

Dans le théâtre de rue, les mecs ont des textes contemporains ou des images contemporaines, c’est leur truc à eux, c’est leur moment à eux, c’est le théâtre créatif de notre époque, c’est l’art le plus contemporain, et beaucoup plus que le rock’n roll ! Dans la norme traditionnelle, le Théâtre de rue ne paraît pas abouti, mais c’est parce que les critères de sélection ne sont pas les mêmes que ce ceux du théâtre, car c’est une invention d’écriture. Tu as des spectacles en mouvement, à l’arrêt, en odeur, c’est étonnant quoi.

Quel est ton message pour les jeunes compagnies et les futurs acteurs de la rue ?

Quand tu commences à vingt balais, t’es tout neuf, tu inventes et tu chies sur ce qui existe déjà, tu te fais ta place, t’essayes aussi de comprendre ce que tu fais pour le faire assez longtemps, tu peux être créatif mais ce qu’il faut, c’est tenir la distance, est-ce que dans vingt ans tu seras encore dans le système ou dans la rue ? Et puis tu as aussi le champ d’expérience, nous, on fait du forain, parce que les organisateurs demandent du forain… ça tient dans un camion 20 m3, ça coûte tant etc… Mais à la Bourboule on a créé des spectacles que l’on a joués qu’une seule fois, donc champ d’expérience. Et puis dans les compagnies, tu rencontres des gens qu’ont 10 ans, 20 ans, 30 ans de plus, ce sont des mecs qui se sont corrigés, qui se sont moulés, ils inventent, ils revendiquent, c’est encore une troisième aventure, et les aventures humaines, t’en as plein !

Tu utilises l’expression "Troupe dinosaure" pour caractériser les plus anciennes compagnies, l’extinction est proche ?

Tôt ou tard… Moi j’ai 55 ans, Kurosawa écrivait des films à 80 ans. Trois cinéastes s’étaient cotisés pour qu’il réalise son film Rêve. Peut-être que des gens feront la même chose pour moi quand j’aurai 80 ans… J’en sais rien je dis ça comme ça ! Moi, j’ai une vie d’artiste vieillissante à faire, je me vois pas comme ça mais je sais très bien que le directeur de cirque il finit un jour à la caisse… Je l’ai écrit mon parcours, je sais comment c’est, j’ai commencé à 16 ans et ½, et aujourd’hui je suis toujours dans le coup… j’espère durer encore 20 ans, histoire de faire chier deux ou trois petits jeunes (sourire)…

Nous on attendait la relève, mais elle existe pas, la relève. Elle n’a jamais existé, je suis la relève de quelqu’un que j’ignore. Ce qu’il y a c’est des nouveaux publics, et des nouvelles demandes, le publics changent, quand tu vois dans des émissions à la con des mecs qui s’excitent à chanter la chanson de Casimir (il entonne le début), c’est tellement con, d’ailleurs je la trouvais déjà con cette émission mais c’est leur référence, t’en as d’autres c’est Claude François, Adamo. Le public change et peut-être que dans 15 ans la rue elle sera riche de hip hop, j’espère que non je te le dis franchement… le music-hall il était à son apogée et tout d’un coup il a disparu, alors qu’il y avait des numéros extraordinaires, tout comme le cirque : le public ne vient plus. Le cinéma pareil, plus les jeunes vont au cinoche plus les films sont cons, ça devient gore, adolescent, tu montres un bout de bite, un peu de nichon et puis si tu peux couper une tête, ils aiment bien les ados, c’est tendance… Donc les mecs fabriquent des films pour les ados, ce sont des époques, c’est tout.

Il y a 10 ans j’ai vu "T’as d’beaux yeux"…

Oui, d’ailleurs je regrettais de pas t’avoir giflé à l’époque, et si tu le permets maintenant …si t’as deux minutes …

Je garde toujours Burattini

Tout le monde est attentif à ton spectacle, quand tu t’adresses avec guignol à des anciens ou à des mômes, ils ont les yeux qui brillent

Oui, j’aime ce spectacle. C’est une parodie de moi même, je déconne avec les mômes, je les adore, mais à travers ça, j’ai pu dire tout ce que je pensais de l’éducation. Je ne suis pas comédien, je n’interprète pas des rôles différents, j’ai choisi un personnage que je peaufine comme Charlot ou Buster Keaton, je fais passer mon personnage à travers des émotions et des histoires différentes, je garde toujours Burattini, dans ce spectacle il est plutôt cracheur dans la soupe, il est tellement clown-agressif et clown-odieux qu’il fait rire, mais Burattini est aussi philosophe (Le musée des contes de fées), exploiteur (Le manchot). Ca fait 35 ans que j’ai ce personnage, Guignol, quand j’avais 20 ans, je le faisais avec une certaine voix et une certaine mentalité maintenant, je le fais encore mais différemment. Mais c’est mon histoire, je ne suis pas comédien, c’est un autre boulot, chacun son boulot. Je continue d’avancer, on est en train de créer un spectacle autour d’un combat de coq et je me demande quelle autre facette de Burattini vais-je exploiter…

Tu racontes l’histoire des Buratt, elle est réelle alors ?

Oui, l’histoire des Burattini est vraie. C’est bien la famille Italienne qui est venue et tout ça… Dans le Jabberwock, un bonimenteur explique comment on peut un jour naître dans un pays et par un hasard incroyable se retrouver à 500 kilomètres de son lieu de naissance avec une nationalité, c’est ce qui m’est arrivé… Je suis français parce que Pof une partie de ma famille s’est arrêtée là.

J’ai parlé à la profession

Lorsque Burattini brûle son décor…

Je voulais montrer qu’il ne faut pas tenir aux choses. Pourquoi on fait des spectacles, quel est le public à qui on s’adresse, quand Godard fait des films, il ne s’adresse pas spécialement au public, y’en a qui racontent des histoires lui il fait des films, et il peut le faire aussi pour la profession. Je sais que 3 ou 4 phrases de Godard me dirigent complètement, ça me donne des idées pour les Arts de la Rue. Ce que j’ai fait dans l’incendie de la Baraque Foraine, j’ai parlé à la profession, j’ai parlé de Bartabas, qu’était fatigué, épuisé et qui faisait une dernière saillie à la trapéziste, c’était tout à double mot et fallait comprendre à demi mot, j’ai parlé de mon grand-père qu’était zoophile chez Bouglione, à travers ça je racontais des trucs. Moi je fais qu’une proposition, les gens disposent de ce que je dis, moi je détiens pas la vérité, c’est ce que je ressens, et parfois même ce que je dis je le ressens un peu plus tard… Je le dis parce que c’est dans les gênes, j’arrive pas trop bien à l’analyser, mais plus tard, je comprends ce que j’ai dit, c’est souvent comme ça.

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