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Jeudi 31 août 2017

Les arts osent

Les Tondues, source du commun

Reportage officiel

Tôt le matin, je déploie les ailes et marche en mocassins dans les rues de Quimperlé.

Sur les murs de certaines maisons du quartier du Bel Air sont collées de grandes silhouettes blanches.

Publicités détournées ? Fantômes ? Graff ?
Je comprends plus tard en suivant le travail de Périne Faivre sur le spectacle « les Tondues ».

Trois personnages enquêtent, chacun suivi par son lot de spectateurs.

Et l’on découvre peu à peu la « légende noire » de ces femmes punies à la Libération. Vingt mille ont alors été tondues. Alors que la plupart des intéressées se sont tues ou se taisent encore, comment rompre le silence ? Pour beaucoup, c’est devenu un secret de famille, enfoui sous la honte.

Pas à pas, la vérité resurgit. La douleur, la violence aussi. La tonte des femmes accusées de « collaboration horizontale » a été une reconquête de la virilité de l’homme français, incapable de défendre son pays face à l’occupant.
C’est un spectacle coup de poing que nous avons là. Un moment plein de rage, d’amour et de mélancolie.

Périne Faivre et ses complices réveillent des milliers d’histoires, de cris. Ils parlent de désir, de liberté, de toutes ces femmes encore aujourd’hui victimes des guerres.


Chimère, je suis troublée ! Les spectateurs sont émus. Il est audacieux de mettre sur la place publique un fait historique si souvent occulté et controversé et attirer notre attention sur les échos qu’il peut trouver dans des questions fondamentales qui traversent notre société aujourd’hui : la place de la femme dans l’espace public, le bouc-émissaire, la vindicte populaire…

J’ai quelques heures pour m’en remettre et je me retrouve à Tréméven pour la rencontre des professionnels et citoyens passionnés des Arts de la Rue, en début d’après midi.
Réunis sur la pelouse de l’école du bourg, les artistes, programmateurs, représentants des institutions et simples spectateurs ou militants du festival débattent sur le thème du « travail du commun ».

Pascal Nicolas-Le Strat, sociologue et professeur à la Faculté de Saint-Denis nous expose son approche de cette notion en lien avec le vécu des Rias.

Pour lui, le commun est une dynamique qui implique plusieurs éléments : des personnes autour de quelque chose qui les concerne, qui les préoccupe (une pratique culturelle, la construction d’un savoir par exemple) et cela d’une manière totalement démocratique (des relations égalitaires et la confiance aux personnes et à leur savoir-faire, sinon viennent des procédures, des règles). Le troisième élément correspond au besoin de cibler ce à quoi nous avons envie de porter attention, ce à quoi nous avons envie d’accorder de la valeur.

Les expériences ont besoin d’interagir entre elles. Pour cela il faut se raconter des histoires ! Si quelque chose a été tenté, quelque chose doit être échangé. La pratique du commun existe depuis peu : le partage des ressources des collectivités, le logiciel libre, l’écologie (logique systématique du brevet, savoirs paysans partagés, savoirs populaires…) L’effet du commun peut être l’émergence de la découverte d’une nouvelle imagination.

Périne Faivre nous parle ensuite du lien entre sa dernière création Les Tondues et le commun. « En tant qu’être humain, je sens que j’ai quelque chose en commun avec les gens qui ont vécu le drame des tondues. » Il s’agit pour elle de faire émerger une réflexion chez les gens, toucher chacun, en lien avec un rituel collectif.

Un autre point de vue d’artiste parmi ceux qui se sont exprimés lors de la rencontre, celui de Leonor Canales de la compagnie A petit pas qui s’interroge sur la place de l’artiste dans cet agencement du commun. « J’essaye que l’autre à travers mes outils puisse nommer son désir, son émotion, son manque et avoir conscience de ce qui l’a construit pour pouvoir faire du commun avec l’autre. Nous artistes, nous ne sommes pas des pansements mais nous pensons ! »

Alexandre Ribeyrolles, programmateur et directeur de La Constellation partage avec nous les débuts et les réussites du projet La croisée des Chemins à Grigny, en banlieue parisienne, qui associe différents artistes plasticiens au long cours sur le territoire pour la réalisation d’œuvres en espace public.

Jacques Juloux, élu préoccupé par la culture dans le pays de Quimperlé, aborde le sujet de l’éducation : dans l’éducation nationale le but est d’apprendre aux enfants à lire, compter et réfléchir. Mais on a oublié le « dire », moyen de faire du commun avec l’autre. Il dresse l’historique de la construction des Rias et le leitmotiv de cette histoire : créer un évènement pour partager des émotions. Faire du commun !

Comme une forme de conclusion, Françoise Nigen, directrice du service culturel de Quimperlé Communauté clame : « Continuons à faire des choses ensemble, à nous porter de l’attention, à nous regarder ! »

Je m’échappe encore une fois !
Un spectacle, source de commun, m’attend à Quimperlé !

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