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Les interviews

Périne Faivre, directrice artistique des Arts Oseurs

Interview réalisée en janvier 2021

Après le laboratoire artistique accueilli en novembre 2019, la résidence de juillet 2020 et son tribunal à ciel ouvert place de la Liberté, que faut-il attendre de cette nouvelle étape de résidence brestoise d’Héroïne ?

Depuis la résidence de juillet 2020, nous avons été accueilli à l’occasion de deux autres résidences : à Vieux-Condé (59) chez l’équipe du Boulon et à Encausse les Thermes (31) chez l’équipe de Pronomades, deux autres CNAREP. A la différence de juillet à Brest où nous étions encore sur du laboratoire et beaucoup d’improvisations, nous avons amorcé l’écriture du spectacle, sa mise en forme, sa naissance ! Mi-décembre, à l’occasion d’une sortie de chantier publique sans public (grrrr...), nous avons montré 2h30 de spectacle à des professionnels. Notre pari d’une immersion longue dans cette aventure de la justice et de nos humanités commence donc sérieusement à prendre forme ! C’est très excitant. En mars, nous nous retrouvons donc à Brest avec deux grands objectifs : continuer la mise en forme du spectacle pour arriver au moins au trois-quart de la pièce et se confronter enfin à un espace public, au cœur des Capucins ! Depuis le début de la création, seuls les deux jours place de la Liberté nous ont permis d’être en extérieur, poreux aux regards des gens. Nous croisons les doigts bien sûr.

Dans ton processus artistique, tu as ouvert une collaboration avec des danseurs « Krump », mouvement chorégraphique expressif né de la culture hip-hop. Peux-tu nous expliquer ce choix et son apport dans la mise en scène ?

J’ai découvert le Krump au moment où je commençais mes immersions dans les tribunaux de Montpellier. Ça a été un véritable choc esthétique ! Il y avait là un langage artistique, une énergie créatrice si forte, un nécessité de faire, de dire que j’en ai été bouleversée. Aussitôt, j’ai su que ça aurait à voir avec mon projet autour de la justice et des Hommes. Le Krump est très codé, très technique et en même temps tout est au service de la créativité de la danseuse ou du danseur, au service de sa nécessité et sa liberté d’exprimer des choses très intimes. Mais de la même manière que l’individu au centre du cercle n’est pas dissociable de ceux qui l’entourent, l’intimité du danseur ou de la danseuse résonne avec des enjeux bien plus larges, politiques et humanistes. Un tribunal est à la croisée de l’intime et du politique, de l’histoire individuel et des enjeux collectifs. Et puis il y a évidemment ce langage du corps qui nous parvient avec tant de force ! Un langage au-delà des mots, du sens et pourtant si palpable. Un tribunal est le temple du langage, plutôt le temple des conflits de langage. Le Krump, quand il apparaît, raconte l’injustice comme personne et tout le monde comprend.

La pluridisciplinarité (théâtre, arts plastiques, danse, musique) est très présente dans vos créations. Peux-tu nous parler du travail de Renaud Grémillon, musicien (directeur musical) au sein des Arts Oseurs et son approche sur cette création ?

Renaud est au cœur du processus de création. Une fois qu’il s’est saisi de mes premières pistes d’intention, il entre aussitôt dans la matière. Matière musicale mais aussi matière pour la construction des décors. Et puis s’en suit un aller-retour permanent entre nous deux. Très vite, le répertoire de Bach s’est imposé pour lui comme le terreau à venir de la musique du spectacle. Parce que c’est un compositeur qui le hante depuis toujours, qu’il le travaille régulièrement au piano et que Bach est comme une espèce de « loi » en musique. Il en parlerait beaucoup mieux que moi ! Alors Bach mais repris, étiré, tordu et mêlé à des sons électroniques. Et puis pour la scénographie, tout est parti d’une proposition qui est était au départ un prototype : le box des accusés. Un box fait de bois, de plexiglas et de métal. Tout ce que l’on retrouve dans un tribunal. Ce box est démultiplié pour créer une structure englobante pour signifier notre tribunal, théâtre des petites et grandes histoires que nous allons traverser. C’est enfin, le support pour tout le travail que va décliner Moreno, le peintre entre portraits, fresques et performances en interaction avec l’équipe des comédien·nes, chanteur·ses et danseur.ses.

In fine, le contexte sanitaire actuelle a un rôle néfaste sur la dynamique de création et le calendrier des compagnies. A-t-il une incidence sur le calendrier d’Héroïne, dont la sortie de création est prévue en 2021 ?

A l’heure d’aujourd’hui, toutes les résidences ont été honorées (si elles ont été reportées dans le temps, aucune d’elles n’a été annulées) et les dates de premières sont programmées aux dates qui étaient prévu depuis longtemps : les 17 et 18 avril prochain à Octon, avec le Théâtre Le Sillon. Poursuivre la création de ce spectacle toute l’année 2020 et jusqu’à aujourd’hui a été salvateur pour nous. Même si l’absence de public touche à l’absurde lors des temps de présentation des étapes de création, même si pour un spectacle en espace public nous ne cessons d’être restreint à travailler en lieu fermé, créer, mener l’aventure humaine et artistique de la création résonne plus que jamais comme notre nécessité absolue en tant qu’artistes et nous l’avons goûté autant que possible. Toute fois, je sens bien que monte une angoisse terrible à l’approche des échéances de sortie du spectacle vu que la réouverture des lieux culturels et qui plus est de l’espace public n’est toujours pas annoncé ! Ne pas jouer un spectacle existant est très dur, nous l’avons vu l’année dernière avec 95% de notre tournée annulée mais ne pas pouvoir faire naître un spectacle aux yeux du public, fruit de 3 ans de travail, touche encore à une autre dimension. Un déchirement qu’ont déjà vécu des tas de compagnies l’année dernière. Je ne veux pas rentrer dans les débats autour de l’utile et l’inutile qui me semble, lui, bien futile ! Il nous faut trouver les moyens que l’Art Vivant revienne dans nos vies.

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